Un racisme gentil

Claudine Laporte, Québécoise d’origine, s’interroge sur la diversité culturelle et l’intégration des immigrants au Québec. Sa réflexion est intéressante et vous amènera certainement un peu plus loin sur le sujet.

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La bienveillance des Québécois à l’endroit des immigrants est actuellement au cœur des débats. En effet, le brassage d’idées que les accommodements raisonnables suggèrent et les réactions qu’ils génèrent légitimisent que l’on se demande si ces chocs idéologiques influent négativement sur notre perception des immigrants.

ID-100228083Selon un sondage Léger Marketing publié dans le Journal de Montréal, 16 % des Québécois de souche disent être fortement ou moyennement racistes. Quarante-trois pour cent admettent être faiblement racistes, ou à tout le moins avoir une certaine méfiance à l’égard de gens d’autres origines. Un Québécois sur deux a une mauvaise opinion des Arabes. Parmi les autres groupes qui ont mauvaise réputation, viennent en ordre les Juifs (pour plus du tiers des répondants), les Noirs (plus du quart des répondants), les Latino-Américains, les Asiatiques et les Italiens[1].

Ces résultats appellent certainement à une introspection populaire, mais définissons d’abord ce qu’est le racisme. Il y a le racisme « classique » et le néoracisme. Le racisme «classique» défend l’idée qu’il existe des races humaines supérieures[2]. De son côté, le néoracisme est aussi discriminatoire, mais d’une autre façon et c’est celui que l’on retrouve le plus souvent. Il ne s’agit plus d’invoquer les races, mais plutôt la culture ou la religion[3].

S’il est préférable d’éviter la généralisation et d’affirmer que les Québécois sont racistes ou néoracistes, certains obstacles que rencontre la communauté immigrante sont, à tout le moins, perceptibles. Pour ne donner que deux exemples, la recherche d’emplois et de logements est définitivement plus complexe pour celle-ci. À ce sujet, la récente Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse, basée sur la méthode fiable du « testing » ou test de discrimination, est on ne peut plus explicit. Cette étude démontre que, dans les faits, les employeurs ont tendance à écarter, consciemment ou non, certains groupes ethnoculturels socialement stigmatisés au profit de ceux qui leur ressemblent, donc de la population native[4].

Pourtant, selon une étude récente de l’institut de recherche et d’information socioéconomique (IRIS), les immigrants sont en moyenne plus scolarisés que les Québécois d’origine. Et c’est sans compter que selon l’IRIS, les salaires des immigrants, en dépit de leur scolarité supérieure, sont équivalents à 63 % de ceux des Canadiens en 2005. Ils vivent donc une double discrimination, aussi bien à l’embauche que plus tard à la paye.

Beaucoup se demandent donc s’il n’y a pas au Québec un racisme souterrain qui n’ose pas dire son nom. Sinon comment peut-on expliquer ces constatations? Certes, par l’existence de préjugés. Nous faisons confiance au jugement collectif, à l’opinion publique, parfois au détriment de la vigilance, du doute, de l’examen. Par ignorance, par paresse intellectuelle ou par besoin de nous identifier à un groupe dominant, plusieurs personnes se retranchent  derrière ces idées tenues pour vraies sans toutefois pouvoir en expliquer les fondements de façon rigoureuse et objective[5].

ID-100254753En plus des préjugés, il faut aussi parler de la peur qui est un moteur important de répulsion et qui renvoie à la crainte de perte d’identité très présente chez certains Québécois. Pourtant, selon le dernier recensement produit en 2006, seulement 8,8 % de la population totale du Québec a mentionné appartenir à un groupe de minorités visibles[6]. Il ne semble donc pas avoir de raison de s’inquiéter d’une assimilation outre mesure.

Au moins, si derrière un masque d’hospitalité plus ou moins réel se tient un brin de racisme inavoué, on est enclin à penser qu’il est modéré. Certains parleront même de racisme « gentil » parce que la tenue d’interactions anodines se passe généralement bien. Ces échanges de courtoisie peuvent toutefois générer de la frustration pour certains immigrants désireux de se bâtir des réseaux de contacts. Lorsque l’on cherche l’authenticité et que l’on se heurte à une perpétuelle superficialité, il y a raison de se sentir mis de côté et inintéressant.

Des idées pour atténuer ce racisme « gentil » sont pensées par des citoyens bienveillants dont l’équipe d’Actions interculturelles, laquelle entrevoit des solutions tangibles et accessibles pour un tous comme la multiplication des occasions de rencontres et d’évènements multiculturels, l’écoute de musique du monde et la chasse aux préjugés fondés sur les premières apparences. En effet, conjointement à des actions de sensibilisation, il est réaliste de croire qu’au fil des générations la société québécoise estompera un peu ses doutes négatifs quant aux personnes venues d’ailleurs et parviendra à leur faire une place digne de leurs nombreux apports.

 

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[1] «Racisme, xénophobie, méfiance?», Radio-Canada, http://ici.radio-canada.ca/nouvelles/societe/2007/01/15/001-Sondage-racisme-quebecois.shtml

[2] Shnapper, Dominique, Questionner le racisme, Gallimard éducation, Le forum, p.6

[3] Ibid. p.7

[4] http://www.camo-pi.qc.ca/infolettre/fevrier_2013/discrimination2.php

[5] http://www.pressegauche.org/spip.php?article15312

[6] http://www.micc.gouv.qc.ca/publications/fr/recherches-statistiques/TXT_FaitsSaillantsMV2013_FIN.pdf

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