Un véritable choix de carrière?

Que l’on soit d’origine québécoise ou immigrante, l’orientation professionnelle peut être pour plusieurs jeunes femmes une préoccupation importante. Trois étudiantes au Baccalauréat en Orientation de l’Université de Sherbrooke se sont penchées sur la manière dont les femmes sont portées à faire leur choix de carrière.

Pourquoi s’intéresser à cet enjeu dans un blogue portant sur la diversité? Tout simplement parce que c’est un sujet dont on doit plus souvent parler et  que ces révélations intéressantes touchent tout le monde et peuvent s’appliquer tant aux Québécoises qu’aux Néo-Québécoises.

_____________________________________________________________________

 

JeunesFemmesLa condition féminine est un sujet traité abondamment dans notre société actuelle. Plusieurs se questionnent sur son évolution incluant l’impact des femmes sur le marché du travail. Au 20e siècle, la gent féminine a traversé un parcours laborieux avant d’arriver à son émancipation. De la femme au foyer, elle est devenue la professionnelle que l’on connait désormais. Aujourd’hui, les jeunes femmes ont les portes grandes ouvertes lorsque vient le temps de faire un choix quant à leur avenir professionnel. Malgré toutes les options qui s’offrent à elles, est-ce que les jeunes femmes ont réellement l’entière liberté de leur choix d’orientation scolaire et professionnelle? C’est l’une des questions que se posent Actions interculturelles, organisation en charge du projet Jeunes femmes en route vers la réussite financé par Condition féminine Canada. On pourrait croire que les jeunes femmes n’ont aucune barrière concernant leur choix de carrière, mais il semblerait que cette croyance est une illusion. En effet, les jeunes femmes subissent de nombreuses influences. Ce phénomène s’observe par la présence des métiers non traditionnels et par le rôle que portent les femmes sur le marché du travail.

L’influence des lacunes dans les services d’orientation

Depuis la réforme scolaire de 2005, le cours d’Éducation au choix de carrière a été aboli dans les écoles secondaires du Québec (Deslauriers, 2011) pour être remplacé par l’Approche orientante. Celle-ci consiste à amener le jeune à prendre conscience de ce qu’il est, de ce qu’il désire et des possibilités qui s’offrent à lui pour accomplir des projets non seulement vocationnels, mais aussi personnels au cours de sa vie. Cette nouvelle approche pédagogique est la responsabilité de tous les acteurs de l’école soit le conseiller d’orientation, les professeurs et le personnel non-enseignant (MEQ, 2002). Toutefois, l’approche orientante n’est pas obligatoire selon le MELS. Effectivement, certaines écoles secondaires ne l’ont pas encore adoptée. Le seul cours officiel traitant de l’exploration scolaire et professionnelle est donc le cours de Projet personnel d’orientation (PPO). Il consiste à «réaliser une démarche exploratoire d’orientation et à se situer au regard de son orientation scolaire et professionnelle» (Gouvernement du Québec, (s.d.)). Il est obligatoire en secondaire 3 lorsque l’élève suit le parcours général, mais il ne rejoint pas nécessairement tous les adolescents. Ceux qui étudient dans d’autres parcours doivent le choisir en option au cours du deuxième cycle. Bref, l’approche orientante n’est qu’au stade d’émergence dans le système scolaire. Il n’existe pas encore de  barèmes précis pour son application officielle. L’amélioration de ce programme permettrait aux jeunes de développer une vision moins stéréotypée du monde du travail et d’avoir davantage conscience des possibilités qui s’offrent à eux.

Ingénieur : masculin ou féminin?

L’idée qu’il y ait des domaines scolaires et professionnels dit «féminins» et  «masculins» est très répandue dans notre société. Il est évident que les stéréotypes professionnels influencent le choix de carrière des jeunes femmes. En effet, il existe même des termes pour définir cette dichotomie soit les métiers et les programmes d’études non traditionnels. Selon l’organisme «Passage non traditionnel», un métier est considéré non traditionnellement féminin  lorsque les travailleurs sont composés de moins de 33% de femmes (Passage non traditionnel (s.d.)). Ce terme met l’emphase sur le fait que les femmes ne peuvent pas exercer certains métiers dits «d’homme» et donc entretient l’idée préconçue qu’il n’est pas naturel pour une femme d’exercer une profession telle que machiniste ou ingénieure.

Woman Boring a Hole in a Wooden Board with a DrillQui n’a jamais entendu dire qu’une femme n’a pas les capacités pour travailler dans un domaine masculin comme celui de la construction? Ou encore, que les filles ne possèdent pas autant de capacités logicomathématiques que les garçons? Ces stéréotypes alimentent la fausse croyance des jeunes femmes selon laquelle elles n’ont pas les compétences requises pour s’orienter vers un emploi où elles seront minoritaires. En d’autres mots, le faible sentiment d’efficacité personnelle des jeunes femmes influence grandement leur exploration professionnelle. Par conséquent, «les femmes se jugent elles-mêmes moins «efficaces» et aptes à réussir dans les filières scientifiques que les hommes; on comprend alors pourquoi elles ont tendance à moins s’engager dans ces voies» (Gouvernement Français, 2011). Il en est de même pour les domaines qui requièrent des habiletés physiques. Nous observons cette tendance à tous les niveaux de formation. Effectivement, dans le cas de la formation professionnelle, «plus de 80% des femmes […] sont inscrites dans seulement quatre des vingt-et-un secteurs de formation» (Commission scolaire des Hautes-Rivieres (s.d.)). Cette représentation est aussi visible au niveau collégial. En effet, les filles sont majoritaires dans tous les programmes techniques sauf pour les techniques physiques. Le tableau suivant démontre la répartition des étudiants au collégial en fonction de leur sexe et du secteur de leur formation.

Répartition des hommes et des femmes selon le programme technique d’études collégiales

En 2003 Techniques biologiques Techniques physiques Techniques humaines Techniques administratives Techniques des arts
Hommes 16% 82% 23% 49% 25%
Femmes 84% 18% 77% 51% 75%

(Szczepanik, Doray et Langlois, 2009)

Au niveau universitaire, vous n’avez qu’à observer les étudiants des facultés de génie, les femmes y sont quasi inexistantes. Bref, les jeunes femmes semblent simplement ne pas s’aventurer dans des voies où les femmes sont en minorité. En somme, il est flagrant que l’existence d’un stéréotype se cachant derrière les métiers non traditionnels perturbe le choix de carrière des jeunes filles. Il influence négativement leur sentiment d’efficacité personnelle par rapport à ces professions.

Femme au foyer, femme au travail

Dans notre société, le rôle de la femme a grandement évolué. Elle a intégré le marché du travail graduellement pour laisser de côté ses tâches familiales traditionnelles. Malgré ce que nous pouvons penser, le processus décisionnel des jeunes femmes est toujours influencé par leur rôle traditionnel. Il en ressort qu’elles se dirigent et qu’elles sont attirées par des métiers ou des formations où elles sont amenées à s’occuper d’autrui. En effet, selon le livre «Palmarès des carrières 2014»  les programmes où le pourcentage de diplômés de sexe féminin est le plus élevé sont les techniques d’éducation à l’enfance avec 98,4%, les techniques d’hygiène dentaire avec 97,2% et les techniques de diététique avec 94,9% (Septembre éditeur, 2014, p. 198). Il est évident que ces formations mènent à des emplois où le professionnel doit principalement s’occuper d’autres personnes. En résumé, l’arrivée des femmes sur le marché du travail n’est qu’une continuité de leur rôle traditionnel soit de s’occuper d’autrui. Ce phénomène influence très certainement les jeunes femmes quant à leur choix d’orientation scolaire et professionnelle.

Cette influence de choix de carrière a un impact financier. En effet, il est possible de constater que les emplois traditionnellement masculins sont mieux rémunérés que les emplois typiquement féminins. Par exemple, les ingénieurs, qui sont majoritairement des hommes, gagnent davantage que les enseignants, qui sont majoritairement des femmes. Toujours en lien avec la rémunération, il est démontré dans le livre Palmarès des carrières 2014 que sur 10 programmes de formation professionnelle (DEP/ASP) offrant les meilleurs salaires hebdomadaires lors de l’insertion sur le marché du travail, 5 d’entre-eux sont parmi les 10 DEP dont le pourcentage de diplômés de sexe masculin est le plus élevé (Septembre éditeur, 2014, p. 199).

A caucasian college student talking on the phoneEn lien avec son rôle familial, la femme est portée à choisir une avenue lui permettant de concilier son emploi et une éventuelle grossesse. Malheureusement, ce n’est pas tous les emplois qui offrent des conditions de travail adaptées pour les femmes désirant avoir des enfants tout en gardant leur emploi. Elles doivent souvent faire un choix entre s’épanouir pleinement professionnellement ou dans leur vie de famille. Dans le même ordre d’idée, puisqu’elles savent qu’elles ne peuvent pas occuper un poste trop exigeant en terme de temps, elles s’attendent à un plus petit salaire que les hommes (Bujold et Gingras, 2000, p. 229). Il semblerait donc que le rôle traditionnel de la femme est un élément qui influence inconsciemment leur choix de carrière.

En somme, il en ressort avec évidence que les jeunes femmes n’ont pas la liberté totale lorsqu’il est question de faire un processus décisionnel quant à leur future profession. Quoi qu’on en dise, elles sont toujours encabanées dans les stéréotypes et les croyances d’antan qui influencent leurs choix scolaires et professionnels. Il est vrai que dans le dernier siècle, l’émancipation des femmes les à amener à avoir davantage de liberté professionnelle, toutefois, il reste encore un bout de chemin à faire.  Il ne faut pas négliger les impacts qu’ont les mentalités de la société sur nos prises de décision. À la lumière de cette réflexion, est-ce possible de croire que nous aurions nous-mêmes fait des choix différents si nous étions dans une société prônant l’égalité sur le marché du travail?

Rosalie Leclerc, Christina Mégré-Labonté, Léa Gosselin

Laisser un commentaire

Entrer les renseignements ci-dessous ou cliquer sur une icône pour ouvrir une session :

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s